La problématique de l'eau aujourd'hui
 

L’eau est une ressource vitale en vue d’un développement durable de l’humanité. Une pénurie globale d’eau menace : la demande – que ce soit pour satisfaire les besoins vitaux, ceux de l’agriculture ou de l’industrie - est en constante augmentation et l’on s’attend à une hausse globale de 30% d’ici 2030. Par ailleurs, d’ici 2025, la moitié de la population mondiale habitera dans des régions sous stress hydrique, c’est-à-dire que la demande en eau excèdera les ressources existantes. Cela aura des conséquences négatives sur les économies locales et la cohésion sociale et constituera également un facteur déterminant de migration forcée massive. Moins il y aura d’eau à disposition, et plus les conflits liés à son accès et à son utilisation augmenteront au niveau interne et entre les pays.

L’eau est d’une importance cruciale dans l’environnement de sécurité actuel. Cette ressource est devenue un élément clé, non seulement pour le développement et la lutte contre la pauvreté, mais également pour la paix et la stabilité politique. L’eau est en effet une ressource renouvelable mais limitée. Elle est recyclable mais ne peut être remplacée. Sous l’effet de la croissance démographique, du développement économique et urbain, de la pollution et du changement climatique, cette ressource limitée et très inégalement répartie géographiquement, est soumise à des pressions de plus en plus importantes.

Une partie de la population mondiale vit encore sans accès à un minimum d’eau de qualité ou d’assainissement de base, faute d’investissements suffisants : selon les estimations de la Banque mondiale, plus d’un milliard de personnes n’ont pas accès à de l’eau propre, 40 pour cent de la population mondiale manque d’eau, et trois milliards de personnes vivent sans installations sanitaires. Par ailleurs, quelque 80 pour cent des maladies infectieuses sont transmises par l’eau, faisant des millions de morts chaque année parmi les enfants.

Jusqu'à présent, les actions relatives à la gestion de l'eau ont surtout visé à accroître l'offre. Mais les gaspillages doivent également être réduits. Selon les Nations Unies, la moitié de l'eau potable traitée dans le monde se perdrait dans des fuites provenant des systèmes d'alimentation. Et les systèmes d'irrigation gaspilleraient en moyenne 40% de l'eau qu'ils consomment. Quand elle n'est pas gaspillée, l'eau est polluée. Accroître drastiquement l’efficacité de l’usage de l’eau est une nécessité pour réduire les risques de crises majeure

Aujourd’hui, les enjeux autour de l’accès à l’eau sont à l’origine ou contribuent à l’aggravation de vives tensions et mêmes de conflits dans plusieurs régions du monde.

De plus, l’accès à l’eau est aussi utilisé comme une arme de guerre: le contrôle des ressources en eau constitue dans certaines régions du monde un enjeu stratégique, voire même un but militaire dans certains cas. Les destructions d’infrastructures (barrages, stations de pompage, de traitement des eaux usées, etc) ne sont pas rares dans les contextes de conflit armé. Dans certaines régions touchées par des conflits, comme au Moyen-Orient, cela a pour conséquence que l’eau devient plus « rare », difficile d’accès et chère, augmentant la souffrance et la vulnérabilité des populations touchées, comme le relève un rapport du CICR.

 A l’avenir, davantage que le pétrole, la ressource géopolitique principale dans le monde sera l’eau. Sans changement drastique dans la manière e gérer celle-ci, la problématique de l’eau va miner des économies, augmenter l’instabilité interne et entre les pays et exacerber les tensions, notamment dans les bassins transfrontaliers, entre les intérêts des pays en amont et de ceux en aval.

Toutefois, il est important de nuancer: bien que la gestion de l’eau pose des défis aussi bien en termes de politique de sécurité qu’en matière de développement, elle est surtout une formidable chance de promouvoir la coopération et construire la confiance. Beaucoup de conflits potentiels peuvent être évités grâce à des accords de gestion durable de l’eau.

C’est sur cette vision positive que s’articule l’engagement de longue date de la Suisse dans le domaine de l’eau.

L’eau sous différentes formes

L'eau couvre environ 70% de la planète, c'est-à-dire environ 1.4 milliards de km³. C'est pour cela qu'on donne souvent à la Terre le nom de planète bleue. 

Dans toute cette eau, 97.2% est de l'eau salée et seulement 2.8% est de l'eau douce.

Les 2.8 % d'eau douce se répartissent de la façon suivante :

- 2.15% de glace polaire
- 0.63% d'eaux souterraines
- 0.02% d'eaux de surface (lacs, fleuves, rivières…)
- 0.001% d'eau atmosphérique

La majorité de l'eau douce est sous forme de glace polaire qui est inutilisable. Il ne reste donc que environ 1/4 de l'eau douce pour que tous les habitants de la planète bleue puissent assouvir leurs besoins, c'est donc très peu. Heureusement, cette eau se renouvelle assez rapidement : cela prend en moyenne 16 jours pour une rivière et 17 ans pour un lac. Cependant, il faut veiller à maintenir cette eau douce propre pour que la pollution ne détruise pas cette très petite partie d'eau utilisable par les hommes.

Répartition de l’utilisation de l’eau

Utilisation des prélèvements mondiaux en eau :

Agriculture : 70 %

Industries : 20 %

Consommation domestique : 10%

L'agriculture consomme énormément d'eau à cause de l'irrigation des plantations qu'elle doit assurer. Au cours du 20ème siècle, l'irrigation des terres cultivées a été multipliée par 5. Depuis 1960, les agriculteurs ont augmenté de 60 % le prélèvement d'eau pour leurs terres.

L'irrigation est nécessaire pour avoir de bons rendements dans l'agriculture et pour pouvoir ainsi nourrir la population. Elle est évidemment plus importante dans les pays arides ou semi-arides où les précipitations sont peu abondantes. Ainsi, la plupart des pays en voie de développement utilisent 90 % de leur eau douce pour irriguer leurs terres alors que les pays industrialisés n'en utilisent que 40 %. De plus, ces pays en voie de développement subissent souvent une forte croissance démographique, ce qui entraîne une augmentation des cultures et donc de l'eau utilisée pour irriguer ces cultures. A titre d'exemple, l'Asie à elle seule monopolise plus des 2/3 des terres irriguées, car la culture du riz a été intensifiée pour faire face à l'augmentation de population.

Mais les systèmes d'irrigation ne donnent souvent pas les résultats escomptés car une grande partie de l'eau s'évapore au lieu d'alimenter les plantes, sans compter les fuites et d'autres pertes encore. De plus, les eaux de surface et les eaux souterraines peuvent être contaminées par une irrigation massive car l'eau provenant de l'irrigation et non utilisée par les plantes transporte, entre autre, avec elle des produits chimiques destinés aux cultures.

L'utilisation de techniques modernes devra donc se généraliser car ces techniques permettent de réduire la consommation d'eau.

Les industries utilisent 20 % de l'eau douce pour toutes leurs activités. Cela représente quand même une grande fraction et elles pourraient la diminuer en essayant de développer des technologies utilisant moins d'eau ou en utilisant une eau de qualité moindre pour les usages ne nécessitant pas de l'eau potable.

La consommation domestique ne comprend que 10 % de l’utilisation mondiale en eau douce, mais elle est très inégalement répartie

USA : 300 litres par jour et par habitant

Europe : 100 à 200 litres par jour et par habitant

Pays du tiers-Monde : quelques litres à une dizaine de litres par jour et par habitant
 

Répartition inégale de l’eau dans le monde

L'eau est très inégalement répartie sur notre planète. Actuellement, 1.1 milliards de personnes n'ont toujours pas accès à l'eau salubre (= eau propre) et un tiers de la population mondiale est privée d'eau potable, c'est-à-dire celle que l'on peut consommer.

Neuf pays détiennent 60 % des ressources naturelles renouvelables d'eau douce du monde : le Canada, la Chine, la Colombie, le Pérou, le Brésil, la Russie, les Etats-Unis, l'Indonésie et l'Inde.

Environ 80 pays, c'est-à-dire 40 % de la population souffrent de pénurie d'eau. Parmi eux, certains pays n'ont quasi pas de ressources en eau : le Koweït, Bahrein, Malte, Gaza, les Emirats Arabes Unis, Singapour, la Jordanie, la Lybie.

En chiffres, cela donne selon UNESCO :
- 2.4 milliards de personnes sont privées de systèmes d'assainissement de base.
- 450 millions de personnes dans 29 pays sont confrontées à des problèmes de pénurie d'eau régulière
- 15000 personnes dont 6000 enfants meurent chaque jour de maladies liées au manque d'eau potable. (10 personnes/minute dont 4 enfants)

Le climat est un élément clé au point de vue des ressources en eau qu'un pays peut se procurer. En effet, plus le climat est sec, moins les ressources en eau seront abondantes et au plus l'irrigation sera importante. De plus, des précipitations assez régulières sont plus faciles à gérer que des précipitations avec de fortes variations saisonnières.

Le problème d'accès à une eau de qualité n'est pas uniquement présent dans les pays arides, il est également bien réel dans les pays où il pleut beaucoup et où les équipements d'assainissement ne sont pas suffisants.
 

L’or bleu, une richesse provoquant des conflits ?

L'eau devient de plus en plus rare et est, dès lors, de plus en plus convoitée. Elle constitue un enjeu politique et économique important. Si, dans les années à venir, la répartition de la ressource et sa gestion ne s'améliorent pas, le manque d'eau pourrait devenir une préoccupation importante pour les 2/3 de la population.

Deux préoccupations essentielles apparaissent quant on analyse la répartition de la ressource. D'une part, la plupart des pays les plus touchés par le manque d'eau sont des pays en voie de développement qui ne savent généralement pas faire face aux contraintes financières d'une gestion correcte de l'eau (de la production à l'assainissement). Pour certains pays, la pénurie d'eau constitue donc un frein au développement. D'autre part, les conflits risquent de se multiplier. Dans les pays où l'eau est une denrée rare, il faudra établir la répartition la plus judicieuse entre l'eau réservée à l'agriculture et celle utilisée par les habitants. Des conflits pour l'eau à la frontière entre deux pays risquent également de devenir problématiques. L'ONU estime que 300 rivières transfrontalières peuvent constituer un enjeu conflictuel dans un avenir proche.

A titre d'exemple, le Proche et Moyen-Orient sont considérés comme une zone à grands risques car les tensions sont déjà très importantes et les problèmes de manque d'eau devraient se faire sentir à brève échéance. Ainsi, le Nil peut également être source de discorde : il est en effet entouré par l'Egypte, le Soudan et l'Ethiopie et la région aride ne peut développer d'agriculture sans ce fleuve. Il y a encore beaucoup de cas similaires dans d'autres régions du monde.
 

Des solutions ?

Une meilleure gestion des ressources est évidemment une étape très importante à atteindre. Pour cela, on peut envisager des techniques d'irrigation donnant de meilleurs résultats et économisant l'eau au maximum. Les industries peuvent également faire des efforts en polluant moins et en étant plus économes en eau. On peut également organiser une sensibilisation de plus en plus importante de la population en vue d'économiser la ressource et de limiter sa pollution.

Le PNUD (programme des Nations-Unies pour le développement) propose divers services pour les pays défavorisés. Ils les aident entre autre à intégrer la gestion de leur eau dans leur programme de développement, à essayer de rendre durables leurs ressources en eau,…

Le PNUD aide aussi les pays qui possèdent des eaux transfrontalières. Ces pays ont souvent besoin d'une institution extérieure pour les aider à négocier et à trouver un bon compromis avec leurs voisins pour une gestion la plus juste possibles de ces eaux.

Les exemples, ou des esquisses, de solution sont étudiée ou mises en oeuvre. Il appartient aux responsables internationaux et à l'ensemble des populations concernées à divers titres de poursuivre sur cette voie de la sécurisation de la ressource et de la recherche de sa répartition la plus équitable possible.

Sources: Ligne d'action du DFAE, Suisse et SPGE, Belgique



Et chez nous ?
 

La région lausannoise puise plus de la moitié de son eau potable dans le Léman. Cette eau est utilisée pour des usages domestiques, industriels ou pour l'arrosage, avant d'être épurée et de retourner à nouveau dans le même lac. les choses étant ainsi indéfectiblement liées, il s'agit de préserver cette ressource par une épuration efficace dans les stations d'épuration et de traiter l'eau potable pour qu'elle puisse être consommée en toute confiance. la bonne gestion de l'eau est indispensable au développement de la région et à la préservation de l'environnement.

Avec une production annuelle d'environ 30 milliards de litres d'eau potable, le Service de l'eau de la ville de Lausanne approvisionne plus de 370'000 personnes.

En moyenne annuelle arrondie, le Léman fournit 55 % du volume de production, le lac de Bret 18 % et les sources 27 %

L'eau potable est soumises à des normes particulièrement rigoureuses en application du principe de précaution afin de protéger toutes les personnes. Au total, en 2016, 9'307 échantillons ont été prélevés et 52'965 analyses effectuées.